Boom de la médecine personnalisée : nouvel enjeu stratégique pour les laboratoires pharmaceutiques ?

Portée par l’évolution des technologies, la montée en puissance actuelle des traitements personnalisés, que ce soit en termes de thérapies ou d’accompagnement, bouleverse le secteur de la médecine tout entier, et ce en profondeur. Alors que le modèle historique de croissance des laboratoires pharmaceutiques semble peu à peu s’épuiser, ces derniers ont ainsi tout intérêt à prendre part rapidement et efficacement à la révolution en marche de la médecine personnalisée…

Un changement profond de l’environnement santé…

Nous évoluons aujourd’hui dans un monde où l’instantanéité prime et où le temps disponible des patients est par nature réduit. Paradoxalement, ces mêmes patients ont désormais accès à des informations précises et détaillées sur leur pathologie. Ils sont ainsi à même de comprendre et de challenger les professionnels de santé et souhaitent à la fois pouvoir suivre régulièrement l’évolution de leur maladie et interagir à distance concernant leur état de santé. On parle de l’ “empowerment” des patients. Une évolution des comportements d’autant plus vraie que les affections de longues durées comme le diabète, la maladie d’Alzheimer, l’asthme ou les maladies auto-immunes sont en augmentation importante et responsables de 57% des dépenses de santé soumises au remboursement (Source : DRESS, les comptes de la santé, septembre 2018). Une réponse personnalisée et un suivi sur le long terme sont donc plus que jamais essentiels. 

Or, cette réponse personnalisée est aujourd’hui rendue possible par l’émergence d’innovations, notamment grâce aux technologies numériques. Ces dernières années ont en effet vu naître une multitude d’objets connectés ou applications à destination des patients. Par ailleurs, les technologies cloud, data science et IA sont désormais performantes et un grand nombre d’acteurs sont maintenant en capacité de les utiliser. Il est ainsi possible de générer, stocker et exploiter des données patients, aussi bien comportementales (ce qu’il mange et boit, ses centres d’intérêt, ses inquiétudes, ses pages web lues, son lieu de vie…) que physiologiques (taille, poids, rythme cardiaque, température corporelle…). Une source d’informations riche au service de leur santé ! La détection, le diagnostic personnalisé et le suivi du patient régulier dans la durée sont ainsi facilités. La nature du traitement, son dosage et la fréquence des visites seront alors adaptés à chaque patient pour maximiser les chances de guérison. Cette personnalisation consiste en une démarche itérative qui s’améliore avec le temps, basée sur l’étude des données patients précédemment traités.

Forte de ces avancées, la médecine personnalisée cherche ainsi à prodiguer un parcours spécifique pour un traitement plus adapté à chaque patient, et in fine, pour un impact positif sur la santé de tous. En identifiant des personnes à risque, elle aide à renforcer la prévention via des recommandations pour adapter le mode de vie. Elle permet ainsi de détecter plus tôt plus de patients atteints de certaines pathologies sur la base de données comportementales ou avec des diagnostics simplifiés (caméra, applications mobiles, analyses médicales…). En personnalisant le traitement, les patients consomment souvent moins de médicaments, ce qui conduit à une meilleure évolution de la maladie. En suivant régulièrement l’état de santé du patient et son observance du traitement (le fait de bien prendre le traitement prescrit), elle améliore la réussite des thérapies. À moyen terme, cela permettra de diminuer les dépenses de santé, ce par la réduction des actes et prescriptions inutiles mais aussi par la meilleure santé globale de la population. Néanmoins, l’écosystème de santé doit se coordonner et se connecter avec le patient pour être en capacité de lui proposer cette prise en charge sans rupture sur l’ensemble de son parcours de soin.

… qui pousse les laboratoires pharmaceutiques à repenser leur proposition de valeur

Le secteur de la santé se compose aujourd’hui principalement d’un ensemble de compétences indépendantes que le patient va consulter ponctuellement, à son initiative ou par recommandation. Afin d’offrir un meilleur suivi, le système de soin doit donc être repensé, en y plaçant le patient au cœur. Il est ainsi nécessaire de mettre en relation tout un écosystème de santé complexe, comptant de nombreux acteurs qui n’ont pas l’habitude de collaborer (notamment entre médecine hospitalière et médecine de ville) afin de permettre la transmission d’informations – notamment via des plateformes –  de sorte in fine à assurer un parcours de soin sans rupture. Un mode de fonctionnement très éloigné du schéma traditionnel de consultation ponctuelle, dit “à l’acte”, qu’il est essentiel de mettre en place rapidement. Dans cet objectif, les autorités de santé vont progressivement proposer un financement au forfait par patient/pathologie qui dépendra du niveau de qualité de la prise en charge.

Parce que cela implique de repenser la répartition de la valeur entre chaque professionnel de santé, un accompagnement est nécessaire. La formation des nouveaux métiers, à l’image des “case manager” ou coordonnateurs qui ont en charge le suivi du parcours de soin d’un groupe de patients, est une priorité. La coordination des acteurs nécessite par ailleurs des compétences technologiques pour porter la mise en place des outils digitaux et des plateformes permettant les transferts d’informations. Les organisations vont ainsi devoir se transformer, s’agiliser, pour être capables de s’adapter au rythme des nouvelles évolutions.

Cette transformation en cours voit émerger de nouveaux acteurs, notamment technologiques (start-up, Gafa, nouvelles plateformes fédérant les acteurs de l’écosystème en Asie par exemple), qui identifient ici une importante opportunité de développement. Les organisations traditionnelles, à l’instar des laboratoires pharmaceutiques, qui seraient dans l’incapacité d’y prendre part, pourraient bien se voir écartées et désintermédiées dans ces nouveaux écosystèmes de santé en création. L’enjeu est donc de taille pour les laboratoires, notamment en ce que cela impose une redéfinition complète de leur modèle relationnel, d’une part avec les prestataires de soins dont les attentes évoluent, mais aussi avec une partie prenante centrale qu’ils n’adressaient pas directement jusque-là : le patient. En engageant dès à présent cette conduite du changement, les laboratoires pharmaceutiques pourront ainsi se placer comme des acteurs incontournables de l’écosystème, accompagnant l’ensemble de la chaîne de valeur dans ce modèle de demain qu’est la médecine personnalisée, véritable levier de croissance pour eux.

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