Covid-19 : L’arrivée des beaux jours ne ralentira pas l’épidémie à elle seule

Une rue de Chicago sous le soleil. MaxyM/Shutterstock

Le coronavirus SRAS-CoV-2, à l’origine de l’épidémie de Covid-19, pourrait être sensible à la saisonnalité, autrement dit se propager plus facilement en hiver et qu’en été. Cette hypothèse est plausible, car les quatre autres coronavirus qui infectent habituellement l’être humain y sont sensibles. Qui plus est, il a été constaté que les infections, les hospitalisations et les décès liés à la Covid-19 connaissent un pic en hiver, ce qui va dans le sens d’un effet saisonnier.

En outre, de nombreux comportements humains étant saisonniers, il est normal de s’attendre à ce qu’il existe un lien entre transmission virale et saisons. En été, nous passons plus de temps à l’extérieur, où le risque d’infection est beaucoup plus faible, et notre mode de vie est généralement plus actif qu’en hiver, ce qui peut améliorer la résistance de notre organisme aux infections la capacité du corps. Nous sommes également plus susceptibles de bénéficier d’une exposition accrue au soleil, qui en augmentant les niveaux de vitamine D pourrait renforcer notre système immunitaire.

Il est aussi prouvé que le rayonnement ultraviolet (UV) de la lumière solaire réduit la durée de vie du virus sur les surfaces. Il est par ailleurs possible que l’humidité et la température aient une influence sur sa transmission. Combinés, ces facteurs auront probablement un effet sur la propagation du SARS-CoV-2.

Mais dans quelle proportion ? Et quelles en seront les implications en matière de contrôle de l’épidémie de Covid-19, que ce soit à l’approche des mois les plus chauds ou au moment d’une potentielle résurgence hivernale ? Jusqu’à présent, il n’existait pas de résultats de recherche concluants concernant l’influence des saisons sur la diffusion du SARS-CoV-2. Mes collègues et moi-même avons donc tenté de répondre à ces questions.

Évaluer l’impact du climat

Pour décrire la croissance d’une épidémie, les épidémiologistes utilisent le nombre de reproduction, aussi noté R. Plus le R est élevé, plus la propagation de l’épidémie est rapide. Initialement, sa croissance sera exponentielle, car personne n’ayant été exposé à la maladie, aucune immunité n’existe encore dans la population. À ce stade précoce, le nombre R qui décrit cette propagation est appelé R₀, ou nombre de reproduction de base.

En utilisant des données provenant du monde entier, nous avons pu déterminer le R₀ de l’épidémie de Covid-19 dans 359 grandes villes. Chacune d’entre elles comptait plus de 500 000 habitants et avait connu une épidémie significative de Covid-19 en 2020.

La raison pour laquelle nous nous sommes concentrés sur de grandes villes plutôt que sur des pays entiers ou, à l’inverse, sur de plus petites populations est que cette approche nous a permis d’analyser des épidémies présentant des caractéristiques de taille et de diversité géographique pertinentes pour établir des comparaisons valables.

En mettant en regard les données épidémiques de ces villes avec les informations sur leur démographie, leur climat et les mesures de contrôle des infections, nous avons pu déterminer si la propagation du virus était expliquée par l’un de ces facteurs plutôt que par un autre.

Il semble que la transmission du SARS-CoV-2 soit influencée par les saisons, mais le mécanisme qui en est à l’origine est encore inconnu.
Fit Ztudio/Shutterstock

Nous avons constaté que l’augmentation du rayonnement UV s’accompagnait d’une réduction de la vitesse de propagation du virus. En moyenne, le R₀ a diminué de 0,05 pour chaque augmentation de dix kilojoules par mètre carré (kJ/m²) dudit rayonnement UV quotidien (le rayonnement UV reçu par les villes de notre jeu de données était compris entre 30kJ/m² et 130kJ/m² environ).

Les niveaux de rayonnement UV étant plus élevés en été, ces résultats suggèrent qu’il existe effectivement un effet saisonnier sur la transmission du coronavirus SARS-CoV-2. Cependant, il est important de noter que cette corrélation n’est pas synonyme de causalité : le rayonnement UV n’est pas nécessairement la cause de la diminution de la transmission observée, il peut également être corrélé à d’autres facteurs de causalité. On sait par exemple que plus le rayonnement UV est élevé dans une ville, plus celle-ci a tendance à être chaude.

Si nous n’avons pas trouvé de lien distinct et statistiquement significatif entre le R₀ et la température ou l’humidité au niveau global, nous ne pouvons pas exclure pour autant l’existence de telles relations. Le lien entre la propagation virale et la température ou l’humidité pourrait avoir été masqué par les nombreux autres facteurs qui affectent le R₀, ainsi que la forte corrélation qui existe entre le rayonnement UV et la température.

D’autres études ont notamment montré qu’il existerait une corrélation entre propagation virale et température, même si les preuves demeurent faibles.

Qu’est-ce que cela signifie ?

L’effet du rayonnement UV que nous avons observé était statistiquement significatif, néanmoins il était relativement faible par rapport à d’autres facteurs. Les variations des valeurs de R₀ que nous avons observées étaient davantage expliquées par les caractéristiques démographiques des villes (telles que leur taille et la quantité de pollution atmosphérique – un indice potentiel de l’industrialisation et de la congestion liée à la densité de population), ainsi que par les mesures de santé publique prises pour répondre à l’épidémie.

Les interventions visant à limiter la propagation du virus, comme la distanciation sociale, ont eu un impact bien plus important que celui des saisons.
Cryptographer/Shutterstock

Les effets des mesures prises par les gouvernements se sont avérés quatre fois plus importants pour expliquer les variations du R₀ que les différences en termes d’UV. Ce qui signifie, et c’est important, que ce sont nos décisions qui nous placent en position de garder le contrôle. Dans un avenir immédiat, les potentielles nouvelles vagues de la pandémie seront principalement déterminées par les restrictions que les gouvernements mettront en place, bien davantage que par la météo. À cela s’ajoutent les effets des vaccins anti-Covid-19 en cours de déploiement.

À plus long terme, des interrogations subsistent quant à savoir si la COVID-19 deviendra une infection endémique saisonnière similaire à la grippe et à celles dues à d’autres coronavirus. Nos recherches ont mis en évidence l’existence de facteurs saisonniers qui pourraient induire ce type de variation, une fois que la Covid-19 sera devenue, selon toute probabilité, une maladie infectieuse endémique.

Il est toutefois difficile de prédire la survenue d’un tel comportement dans un système aussi complexe que notre planète. Alors que nous sortons de la phase initiale de l’épidémie, le comportement à plus long terme de la transmission de la Covid-19 dépendra probablement de nombreux autres facteurs. Parmi ceux-ci figureront probablement le niveau et la durée de l’immunité acquise par les individus infectés, ainsi que l’efficacité et la durée de la protection fournie par les vaccins actuels et futurs, ainsi que l’évolution de nouveaux variants viraux.

Kieran Sharkey bénéficie d’un financement du Conseil de recherche en ingénierie et en sciences physiques (EPSRC) du Royaume-Uni.

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