De la place de l’Homme face au progrès, à la nature, l’art et son jumeau numérique

Du progrès technologique

Nous sommes tous conscients des avancées régulières de notre savoir et de nos technologies. Ces avancées sont perceptibles au travers de la célèbre loi de Moore indiquant l’augmentation régulière de notre puissance de calcul, mais aussi de la loi du retour accéléré défendue par le futurologue Ray Kurzweil. Une loi qui se révèle notamment par la vitesse d’adoption de plus en plus rapide de nos nouvelles technologies (téléphone, télévision, Internet, smartphone, réseaux sociaux).

Nous mesurons intuitivement ce progrès en analysant le spectre grandissant de ce qui tombe dans le champ d’observation de l’Homme. La nature est rendue visible du nanomètre (microscope Titan Krios) jusqu’aux étoiles lointaines (le futur télescope James Webb) qui permettra de remonter le temps jusqu’aux abords du Big Bang.

Entre les deux extrêmes, il y a un sujet fascinant : l’Homme. Cet Être unique, conscient de son sort et au pouvoir d’imaginer et de créer toutes ces technologies. Un être dont le pouvoir est grandissant et dont les contours de ce qu’il est évoluent avec ses créations. C’est cette modification qui dessine les nouveaux traits de ce que j’ai souhaité appeler la nature numérique de l’Homme que l’on peut mettre en perspective avec la future nature humaine de la machine.

“La nature numérique de l’Homme se met en perspective avec la prochaine nature humaine de la machine.”

Une inspiration naturelle

Cette nature numérique se dessine par l’ambition que l’Homme a de reproduire ce qu’il observe de la nature sur ses créations, y compris ses machines. Ces propriétés naturelles seraient finalement incontournables pour dessiner notre futur numérique. Michel Serres mentionnait la tête pensante externalisée pour qualifier nos ordinateurs et nos smartphones. Cette capacité de mémoriser, capter, stoker et traiter l’information par la machine comme nous pouvions le faire par le passé. La vie possède ces propriétés depuis ses origines. On note le besoin de reproduire sous forme de biomimétisme les attributs de la nature dans une machine. Les réseaux de neurones artificiels, la relation entre l’erreur et l’apprentissage, la place du hasard dans l’évolution de nos systèmes numériques et organiques vont dans ce sens. Les algorithmes évolutifs qui s’inspirent de la théorie de l’évolution de Darwin, illustrent également cette tendance. Les similarités entre l’apprentissage de nos réseaux de neurones artificiels et la plasticité synaptique des réseaux organiques en sont également un reflet parmi d’autres.

Le livre de la nature

Cette volonté de mettre le monde en équation est portée depuis bien longtemps par nos sciences dures. Elles encouragent la lecture des lois de la nature, ce que l’on appelle le grand livre de la nature.

Nous ne pensions pas que l’art pouvait s’intégrer aussi facilement dans ce schéma. Mais rappelons tout de même que le célèbre philosophe Pythagore avait été l’un des premiers à en ouvrir une page avec les mathématiques. Il avait à l’époque et pour l’une des premières fois mis en équation la réalité musicale de notre monde physique. Il établit la relation entre le son émis par une corde et sa longueur. Une passion portée par la musique et son sens. Cette harmonie de la nature par les chiffres, ou inversement. Un indice allant dans le sens d’une beauté obtenue par l’ordre caché dans la nature.

Le texte original précise : “D’abord il attacha à des cordes des poids correspondants et discerna à l’oreille leurs consonances ; puis il appliqua des proportions doubles, médianes ou autres à des longueurs de tuyaux et conçut une assurance parfaite dans ses diverses expériences. En les mesurant, il versa des quantités d’eau correspondantes en poids dans des verres ; et il percuta ces verres, arrangés selon les différents poids, avec un bâton de cuivre ou de fer, en se réjouissant de constater que, là non plus, rien ne divergeait. Ainsi conduit, il se tourna pour les examiner vers la longueur et l’épaisseur des cordes. C’est de cette façon qu’il trouva la règle, au double sens de la norme et de l’instrument de mesure en bois qu’est le monocorde ; […] ce type de règle donne une vision tellement fixe et ferme que nul, parmi ceux qui cherchent, ne peut être induit en erreur…”

L’art est une voie de la nature

La nature a le talent d’allier le beau avec le nécessaire. Friedrich Nietzsche ayant consacré de nombreux travaux à l’art, accordera à la nature un sens artistique premier : “Des forces artistiques jaillissent de la nature elle-même sans la médiation de l’artiste et par lesquelles la nature trouve à satisfaire primitivement et directement ses pulsions artistiques.” Une pulsion que l’on doit possiblement à sa géométrie et à sa capacité d’autoorganisation.

La machine pourrait-elle avoir un pouvoir similaire ? Nos intelligences artificielles produisent désormais des œuvres artistiques et décompilent le talent de nos artistes. Nous avons ainsi produit de nouveaux Van Gogh et un nouveau Rembrandt avec un réalisme impressionnant ou plutôt un impressionnisme réaliste. Les mouvements tels que l’inceptionisme et le ganisme vont en ce sens.

Ces modélisations s’ajoutent et se numérisent pour digitaliser et simuler ce que nous comprenons de l’Homme et de la nature. Jusqu’où irons-nous : intelligence artificielle, conscience artificielle ?

Le jumeau numérique

Aujourd’hui, nous pouvons dire que l’Homme dispose d’un jumeau numérique. Nous connaissons ce concept chez les industriels qui modélisent et répliquent en temps réel les comportements des pièces sur ordinateur afin d’anticiper la maintenance, la fatigue et le risque de casse. 

L’Homme a mis son semblable en équations. Sans même analyser nos ondes cérébrales, les professionnels et en particulier les géants du web possèdent des modélisations précisent et fiables de nos comportements (algorithmes de Kosinski sur Facebook, la segmentation, algorithmes de prédiction, vision client 360°). Dans le cas de Facebook, Kosinski indique qu’avec 10 likes, l’algorithme vous connait mieux que vos collègues. Avec 100, il vous connait mieux que votre famille. Et avec 230, il vous connait mieux que votre conjoint. Combien pour vous connaitre mieux que vous-même ?

“Avec 10 de vos likes, l’algorithme vous connait mieux que vos collègues. Avec 100, il vous connait mieux que votre famille. Et avec 230, il vous connait mieux que votre conjoint.”

En tirant le fil, on peut imaginer qu’à chacune de nos actions, notre jumeau s’ajuste et s’enrichit de nos comportements en ligne. La physique quantique nous a appris que des particules intriquées sont liées au point d’avoir des états dépendant, et ce même si elles sont séparées dans l’espace (cette propriété est d’ailleurs exploitée dans le cadre des ordinateurs quantiques qui promettent l’avenir de nos communications). Les particules sont alors dites jumelles. Nos jumeaux numériques pourraient-ils influencer notre comportement comme pour le contrôler à l’image du quantique ? 

L’Homme se digitalise en injectant à chaque nouvelle avancée un peu plus de cette réalité naturelle sur des puces de silicium.

“Si l’Homme n’a cessé de penser l’Homme et plus récemment la machine, il doit désormais penser la machine dans son humanité.”

Nature numérique de l’homme: Aux frontières entre organique et numérique

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