En nous libérant de nos process, l’IA peut permettre au travail d’entrer dans une nouvelle époque.

“Il existe une entité qui ne peut plus être vaincue”. Ce sont par ces mots que le champion du monde du Jeu de Go – Lee Sedol – quitte la compétition officielle en 2019. Une retraite en partie motivée par ses défaites répétées contre le programme d’Intelligence Artificielle Alphago. Il semblerait dès lors que l’IA ait pris le pouvoir, que les algorithmes soient devenus plus intelligents et plus créatifs que l’homme. Nous imaginons alors que l’IA va tout nous prendre, jusqu’à notre travail.

Ces craintes sont légitimes. Car dans beaucoup d’esprits l’IA est perçue sous la forme de robots humanoïdes. Un vaste projet qui conduirait au remplacement du biologique par le numérique et l’électronique. C’est notamment la science-fiction qui est à l’origine de cette vision. Une vision fantasmée de l’IA, qui n’est ni une réalité aujourd’hui, ni un futur inéluctable. Et pourtant ; le robot n’est-il pas l’image commune la plus simple et la plus universelle pour personnifier une intelligence tierce ? Cette représentation très particulière de l’IA a aussi été l’opportunité de favoriser sa popularisation auprès du plus grand nombre. Et ainsi encourager l’intérêt et les investissements dans l’IA, mais aussi la communication autour d’elle.

Or l’IA n’est ni nécessairement incarnée, ni nécessairement anthropomorphe. Elle s’en éloigne d’ailleurs de plus en plus en s’immisçant dans notre quotidien et dans nos objets les plus courants. Dans les entreprises aussi, l’IA prend de plus en plus de place. Et celles qui ne prennent pas ce virage aujourd’hui auront de plus en plus de mal à rattraper l’écart de performance et de liberté qu’elle apporte.

Est-ce que ce chemin est le bon ? L’IA va-t-elle devenir un outil de chômage de masse ? 

Je suis intimement convaincu du contraire.

Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord se pencher sur la nature des missions dont l’IA nous soulage. La première chose qu’elle a soulagée dans les entreprises, c’est le process.

Ce process est l’héritage de deux siècles de rationalisation du travail. Ce que Max Weber décrit comme le “désenchantement du monde” s’est progressivement traduit en hyper-rationalisation de l’activité professionnelle. Cette invasion du process a bien souvent retiré de l’activité professionnelle une partie de ce qui constitue positivement le travail, et qui en fait sa définition originelle.

La créativité, l’autonomie, la responsabilité ont été tués par le process.

Dans le monde du travail, l’IA nous libère de cette processisation omniprésente. Progressivement, elle prend en charge des projets sur lesquels nous avons déjà mis en œuvre un encadrement massif. Autrement dit, l’IA se charge de tâches d’exécution.

Dans le travail l’exécution représente l’essentiel du temps de travail. Une faible partie est consacrée à la stratégie, à la réflexion, au pourquoi…

Cette prédominance de l’exécution a vocation à évoluer.

Et c’est une transformation qui est déjà en route. Dans cette mutation, l’IA a un rôle positif à jouer car c’est le paroxysme de l’outil au service de l’homme. En se développant, elle replace l’humain au centre du travail, et non plus l’outil.

Le monde du travail et les entreprises font face à de nouveaux enjeux. Nous attendons qu’elles soient respectueuses de l’environnement, qu’elles polluent moins et pensent dans la durabilité. Les aspirations sociétales vont vers davantage de protection du travailleur, de sa santé mentale, de ses conditions et de son temps de travail afin qu’il lui permette de mieux concilier vie privée et vie professionnelle. Il est de moins en moins possible d’envisager le développement professionnel indépendamment du développement personnel. L’égalité hommes-femmes devient une urgence absolue. Et ce n’est que le début d’une phase dans laquelle nos attentes pour le monde moderne ne font que s’intensifier.

Dans un même temps, les entreprises doivent être compétitives au niveau international, intégrer les changements d’un monde qui bouge de plus en plus vite sur tous les aspects, et répondre à une exigence toujours plus élevée de la part des clients.

On ne pourra pas répondre à ces problèmes avec les mêmes modes de pensée ni les mêmes cadres de réflexion qui les ont engendrés. Pour que le travail se transforme en phase avec toutes nos attentes et exigences, alors nous devons le penser différemment.

Et si l’on réussit sur ce chemin, à donner plus de liberté et de sens à ce qui constitue le travail, ce sera assurément le début d’une nouvelle époque.

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