Jeremy Prince (Sigfox) : “Ma stratégie pour Sigfox se découpe en quatre priorités”

Jeremy Prince, PDG de Sigfox. © Sigfox

JDN. Il s’agit de votre première intervention dans un média français depuis votre nomination au poste de PDG de Sigfox. Pouvez-vous vous présenter ?

Jeremy Prince. Je suis anglais d’origine, j’ai grandi en France, tout près de Labège où se trouve le siège de Sigfox, ce qui devait être un signe. J’ai fait ma carrière pendant plus de vingt ans dans les médias et les nouvelles technologies. Avant de rejoindre Sigfox, j’ai été COO de Mikros, une entreprise du groupe Technicolor spécialisée dans la création numérique. J’ai fait la connaissance de Ludovic le Moan et j’ai rejoint Sigfox il y a moins de trois ans en tant que chief strategy officer. J’ai été nommé en mars 2019 à la tête de Sigfox US (poste qu’il continue d’occuper jusqu’à la vente du réseau américain, ndlr). J’espère que la richesse de mon parcours m’aidera à saisir les enjeux d’un secteur à l’autre dans l’IoT.

Comment s’est passée la transition entre Ludovic le Moan et vous ?

J’ai longtemps travaillé aux côtés de Ludovic le Moan pour assurer une continuité. En étant à la tête de Sigfox US, j’étais en terrain connu, donc la transition a été très fluide. Et Sigfox n’a pas coupé les ponts avec Ludovic le Moan, qui est toujours actionnaire et nous apporte son expertise. J’ai aussi beaucoup collaboré avec Franck Siegel, nommé président-directeur général adjoint de Sigfox, pour aider les opérateurs Sigfox à l’international à conquérir de nouveaux marchés et à dupliquer des usages dans d’autres pays.

Quelle est votre stratégie pour l’avenir de Sigfox ?

Ma stratégie se découpe en quatre priorités. La première est d’investir dans la technologie pour rester à la pointe. La zéro G a pour avantage son prix, sa frugalité, sa simplicité et sa robustesse. Il faut continuer à investir dedans et faire en sorte que la plateforme absorbe toujours plus d’abonnements et de messages. C’est pour garantir cette scalabilité que nous nous sommes associés à Google en février dernier.

La deuxième priorité est de s’engager davantage auprès de nos clients dans les segments du monitoring et du tracking, avec la sécurité en back-up, pour accélérer les projets de nos quelque 1 500 clients dans le monde.

Troisième priorité : déployer le réseau avec une collaboration plus poussée avec nos opérateurs Sigfox. Nous allons annoncer ces prochains jours l’ouverture de nouveaux pays et nous avons finalisé une couverture totale de Porto Rico.

Quatrième priorité : se concentrer sur la valeur que l’on peut apporter et intégrer dans notre raisonnement qu’il ne faut pas se tromper de combat. Le marché de l’IoT est très vaste et le principal écueil est de vouloir tout essayer et appliquer la technologie a plusieurs usages alors qu’il faut se concentrer sur ce qui fait sens. Les technologies ne sont pas concurrentes, elles sont complémentaires, en ayant chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Sigfox doit se concentrer sur le segment où l’on apporte une vraie valeur ajoutée. C’est la raison pour laquelle nous insistons sur le tracking et le monitoring, et non la voiture connectée.

Comment évolue le marché dans ces secteurs ciblés ?

Le décollage annoncé de l’IoT a pris du retard mais, désormais, le mouvement est enclenché. Nous menons des POC, encore confidentiels, avec de grandes sociétés de la restauration pour du tracking et du monitoring qui prouvent que les signaux passent au vert pour les déploiements à grande échelle. L’optimisation des opérations – dans la chaîne du froid par exemple – la conformité à la réglementation – pour le respect de consommations énergétiques – et le besoin de disruption pour se différencier sur le marché encouragent l’adoption de l’IoT. J’ai la conviction que des géants, aussi importants que Facebook par exemple, peuvent émerger dans l’IoT.

Quel est votre principal enjeu ?

“A chaque fois que l’on parvient sur le marché à une baisse des coûts, cela ouvre le champ des possibles”

Le coût reste essentiel : à chaque fois que l’on parvient sur le marché à une baisse des coûts, cela ouvre le champ des possibles et fait émerger de nouveaux services. Nous en avons l’exemple avec DHL ou Wakam (ex-La Parisienne Assurance) qui a développé l’assurance à la demande avec de l’IoT. Sur ce marché, ce sont les devices qui coûtent le plus cher, avec des prix compris entre 10 et 50 euros par capteur. Notre ambition est toujours celle indiquée par Ludovic le Moan : parvenir aux prix des tags RFID, entre 10 et 50 centimes d’euro.

Quelles sont les perspectives dans l’IoT ?

Les pronostics soulignent une densification des objets connectés et des réseaux. Quand on parle d’IoT massif, il faut réfléchir à l’impact environnemental qui en découle. La technologie Sigfox a pour avantage sa frugalité : selon Christophe Fourtet, cofondateur et directeur scientifique chez Sigfox, l’intégralité du réseau français de Sigfox a une consommation identique à une tour 5G. Nous devons continuer à mettre en avant nos atouts en développant l’energy harvesting et rendre certains composants biodégradables. L’objectif : qu’à l’issue d’un projet IoT, où l’on ajoute des capteurs, l’impact soit positif à la fin de l’équation par l’optimisation des transports et l’optimisation des opérations. Cet engagement sociétal est un enjeu fort.

Diplômé de Sciences Po Toulouse, filière Economie et Finance, et titulaire d’un 3ème cycle en droit international, Jeremy Prince a démarré sa carrière dans un groupe de presse avant de rejoindre l’univers du numérique, tout d’abord Internet puis mobile. Il a participé avec succès aux entrées en bourse d’Index Multimédia et SeLoger.com avant de rejoindre le groupe M6. En mars 2019, il a été nommé président de Sigfox US et a rejoint les équipes aux Etats-Unis. Il devient CEO de Sigfox en février 2021.

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