Maryne Cotty-Eslous (Lucine) : “Lucine développe un médicament numérique contre les douleurs chroniques “

JDN. Vous venez de remporter le prix Business with Attitude décerné par Madame Figaro, qui récompense les femmes à l’origine de projets entrepreneuriaux innovants. Pouvez-vous nous présenter votre technologie ?

Maryne Cotty-Eslous, fondatrice de Lucine. © Lucine

Maryne Cotty-Eslous. Le produit que nous développons depuis quatre ans est un médicament numérique. Nous nous positionnons sur le marché des thérapies numériques ou DTx. Nous travaillons à partir d’un software et plus précisément d’une application mobile. Dans un premier temps, le logiciel va récolter des informations sur le patient grâce à la reconnaissance vocale, faciale et posturale et sur la base de questionnaires. Ces informations nous permettront de comprendre dans quelle mesure vous avez mal, quel est votre niveau de douleur et comment cela se manifeste dans votre corps. Nous travaillons grâce à un algorithme de type multimodal qui utilise plusieurs technologies pour collecter des informations et diagnostiquer le dysfonctionnement. 
Sur cette base, nous recourons à des systèmes sensoriels ou procédés thérapeutiques qui vont, à base de fréquences sonores et lumineuses notamment, essayer de rééquilibrer votre système biologique. Ce produit, destiné aux douleurs chroniques modérées à sévères, est actuellement en création et nous avons encore jusqu’à 2024-2025 de travail. 

Quels types de douleurs comptez-vous traiter, quelle est votre plus-value par rapport aux médicaments classiques ?

Nous travaillons principalement sur les douleurs chroniques qui persistent depuis minimum trois mois et qui sont traitées avec des anti-douleurs dont l’efficacité n’est pas optimale. Ce sont les deux éléments que l’on observe. La science de la médecine numérique a à peine dix ans alors que la pharmacie traditionnelle est une science largement séculaire. Nous sommes jeunes et notre recul n’est pas suffisant pour le moment. En tant que thérapie innovante, nous avons tout à prouver et notamment sur l’efficacité par rapport aux médicaments classiques.

Quid de votre traitement réservé aux femmes touchées par les douleurs pelvi-périnéales ?

Nous travaillons également sur les douleurs pelvi-périnéales qui touchent les femmes et en particulier celles qui sont victimes d’endométriose. Dans ce cas, nous avons développé un traitement à base de réalité virtuelle et de fréquences sonores et lumineuses. Notre ciblage est plus précis sur cette typologie de douleurs chroniques. Ce soin sera amené à être dispensé dans les structures hospitalières et en ville chez le kinésithérapeute ou le médecin généraliste. 

“Nos résultats d’essais cliniques sont en cours de clôture”

Quand comptez-vous lancer vos premiers traitements numériques, quelles sont les prochaines étapes avant une mise sur le marché ?

Nos résultats d’essais cliniques sont en cours de clôture. Nous sommes en bonne voie pour que le projet fonctionne mais il nous reste encore des étapes notamment en termes d’études cliniques et de réglementations. Il nous reste encore un peu de travail mais sur les douleurs pelvi-périnéales, nous espérons atteindre ces validations réglementaires en 2022. 

Quel accueil vous a fait la communauté scientifique ?

Dans le cadre des étapes à venir, nous serons soumis à l’approbation de nos tiers. A l’image de la situation que nous connaissons aujourd’hui avec les vaccins, notre étude sera relue par un comité d’experts scientifiques et cliniques. Si le comité de relecture valide l’étude, la publication devient publique. C’est une étape importante pour asseoir notre crédibilité auprès des patients. 

Lucine emploie actuellement 40 salariés, affiche 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et a levé 5,5 millions d’euros en novembre dernier. Quelles sont vos ambitions à moyen et long terme ? Allez-vous avoir besoin de lever des fonds prochainement ?

A moyen terme, notre volonté est de disposer d’un produit douleur pelvi-périnéale fonctionnel, validé par les instances réglementaires et par nos pairs au niveau des études cliniques. C’est essentiel car c’est un gage de qualité à la fois pour les patients et les professionnels de santé et cela récompensera aussi le travail engagé par Lucine depuis plus de quatre ans. Les choses viendront ensuite naturellement et nous pourrons travailler avec des laboratoires pharmaceutiques. Nous pourrons aussi attirer des typologies d’investisseurs en série A pour des montants plus importants. A long terme, nous souhaiterions que notre technologie soit considérée comme un médicament innovant avant d’être un médicament numérique. 

Agée de 31 ans, Maryne Cotty-Eslous a suivi un parcours universitaire pluridisciplinaire entre la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, la neurophysiologie et l’histoire. Co-fondatrice et CEO de Lucine, elle développe avec son équipe depuis 2017 une solution de type thérapie numérique capable de mesurer, analyser et soulager la douleur chronique. Maryne Cotty-Eslous a également été membre du Conseil National du Numérique de 2018 à 2020.

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