Quel est l’impact environnemental des cryptomonnaies ?

Les cryptomonnaies ont aussi une influence sur d’autres problèmes du monde, comme le changement climatique. Récemment, beaucoup se sont interrogés sur l’impact des cryptomonnaies sur l’environnement, étant donné les grandes quantités d’énergie nécessaires à l’activité minière qui alimente l’ensemble de l’écosystème. Ces questions sont particulièrement importantes pour les institutions financières traditionnelles qui ont contribué à alimenter la dernière résurgence des cryptomonnaies. Comme la plupart des grandes entreprises actuelles, ces institutions financières ont reconnu les dangers du changement climatique et se sont engagées à investir dans des modèles économiques plus durables. Beaucoup se demandent, à juste titre, si ces engagements sont compatibles avec une technologie qui nécessite une telle consommation d’énergie.

Cependant, les partisans des cryptomonnaies se sont défendus et ont fait valoir que les mineurs peuvent tirer parti d’une énergie qui ne serait de toutes façons pas utilisée, et qu’à long terme, leur activité pourrait même inciter à investir davantage dans les énergies vertes. Nous présentons ci-dessous les préoccupations et les contre-arguments autour de l’impact environnemental des cryptomonnaies.

Le minage consomme beaucoup d’énergie

On ne peut nier un fait simple : les réseaux de cryptomonnaies nécessitent d’énormes quantités d’énergie à cause du processus essentiel de minage. Les mineurs de cryptomonnaies vérifient les transactions précédentes enregistrées sur les blockchains, garantissant ainsi que ces blockchains soient des registres permanents et immuables de l’activité passée, et permettent à de nouvelles transactions de se produire. En échange de ce service, les mineurs reçoivent des cryptomonnaies comme récompense chaque fois qu’ils réussissent à vérifier un nouveau bloc. 

Compte tenu des récompenses, la vérification est un processus compétitif, dans lequel les mineurs s’affrontent pour résoudre des problèmes mathématiques complexes nécessitant une immense puissance de calcul – plus il y a de mineurs en compétition, plus il faut de puissance de calcul et donc d’électricité. Une concurrence robuste entre mineurs est cruciale pour les réseaux de cryptomonnaies. Tout mineur qui prendrait le contrôle de plus de la moitié du hashrate – c’est-à-dire de la puissance de calcul collective totale utilisée pour le minage sur une blockchain donnée – pourrait porter atteinte à l’intégrité du réseau, en refusant par exemple de vérifier les nouvelles transactions. Le minage est un moyen ingénieux d’inciter les participants à faire fonctionner les blockchains, mais malheureusement, il nécessite aussi une forte consommation d’énergie. Il n’y a aucun moyen de contourner ce problème. 

Comme on pouvait s’y attendre, la concurrence du minage a eu tendance à augmenter au fil du temps, à mesure que les cryptomonnaies devenaient plus chères. Nous allons nous concentrer sur le bitcoin, car c’est la cryptomonnaie la plus populaire.

Le bitcoin a atteint un pic de hashrate de 172M THs à la mi-avril 2021, soit 233x plus qu’en janvier 2016. Comme la concurrence minière s’est accrue, beaucoup ont pointé du doigt l’augmentation correspondante de la consommation d’énergie. La BBC a récemment déclaré que le réseau Bitcoin consomme 121,4 TWh d’énergie par an, ce qui signifie qu’il serait le 29e pays le plus consommateur d’énergie au monde, au-dessus de l’Argentine et en dessous de la Norvège. 

Ces chiffres amènent de nombreuses personnes à se demander s’il est possible d’investir dans les cryptomonnaies tout en s’impliquant dans le développement durable.

D’autres affirment que les cryptomonnaies peuvent être un atout pour l’environnement

Les défenseurs de la cryptomonnaie ont repoussé les affirmations selon lesquelles la technologie est uniquement destructrice pour l’environnement. Nic Carter, partenaire de Castle Island Ventures, a par exemple récemment écrit un article dans lequel il souligne que les produits de base physiques fonctionnent à peu près de la même manière, comme l’or par exemple. Lorsque la valeur de l’or augmente, il en va de même pour l’activité d’extraction de l’or, qui a elle-même un impact négatif sur l’environnement. D’autres ont avancé des arguments similaires : pourquoi les cryptomonnaies devraient-elles être traitées différemment des autres industries ?

Bien que la question mérite d’être posée, beaucoup considèrent qu’en se présentant comme comme l’avenir de la finance, les cryptomonnaies devront alors respecter une norme environnementale plus élevée que l’extraction de l’or. 

Cependant, ceux qui remettent en question la notion même de la consommation d’énergie affirment que les cryptomonnaies peuvent avoir un impact environnemental neutre ou même positif à long terme. Par exemple, beaucoup soulignent que les mineurs de cryptomonnaies tirent parti d’une énergie qui, de toute façon,  ne serait pas utilisée. Nic Carter aborde ce sujet dans le même article cité plus haut, en prenant pour exemple les plus grandes régions de minage de cryptomonnaies en Chine. Les mineurs de ces régions utilisent l’énergie hydroélectrique. Les centrales hydroélectriques se trouvent généralement dans des zones rurales et peu peuplées, produisant souvent plus d’énergie qu’il n’est possible d’en transporter vers les zones densément peuplées. Puisqu’ils n’ont pas à miner d’un endroit précis, les mineurs peuvent faire en sorte d’être à proximité de ces centrales hydroélectriques et utiliser l’excédent d’énergie qui serait produit dans tous les cas mais impossible à utiliser.

M. Carter souligne que l’on peut faire de même avec les gaz naturels comme le méthane. Le méthane est un sous-produit naturel de l’extraction du pétrole, mais il ne peut pas être transporté de manière rentable pour être utilisé. Il est donc généralement brûlé sur place dans un processus connu sous le nom de torchage, ou rejeté dans l’atmosphère. Les mineurs de bitcoins peuvent donc s’installer sur les sites d’extraction du pétrole et utiliser le méthane pour produire de l’énergie, ce qui permet de l’utiliser de manière productive et encore moins polluante. La quantité de gaz naturel brûlé chaque année est plus que suffisante pour alimenter l’ensemble du réseau Bitcoin, et des sociétés minières comme EZ Blockchain et Crusoe Energy en profitent déjà. 

Ces arguments sont à la base de l’idée que le bitcoin est une “batterie”. La métaphore n’est pas littérale, car les mineurs ne peuvent pas réellement stocker l’énergie excédentaire. Cependant, les mineurs sont en mesure de convertir cette énergie en un actif – la cryptomonnaie – qui peut ensuite être envoyé partout dans le monde, échangé contre des dollars, voire réinvesti dans l’amélioration des réseaux énergétiques ou des projets d’énergie verte. Kjell Inge Rokke, directeur du conglomérat énergétique norvégien Aker ASA, a mis cet argument en avant lorsqu’il a annoncé qu’il prévoyait de lancer un projet de minage de bitcoins verts qui utilisera l’énergie produite dans des zones où la demande locale est insuffisante. 

Square a avancé des arguments similaires dans un récent livre blanc sur l’impact environnemental du bitcoin, en se concentrant davantage sur la manière dont les mineurs peuvent exploiter l’énergie solaire et éolienne. Square souligne que les énergies solaire et éolienne, dont les prix ont chuté respectivement de 90 % et 71 % au cours de la dernière décennie, sont désormais moins chères que les énergies fossiles. Le problème, cependant, est que ces deux énergies ne sont pas pratiques pour de nombreux clients, car elles sont dépendantes des éléments, ce qui ne correspond pas toujours aux moments où les gens ont besoin d’électricité. Cependant, ce décalage de la demande n’affecte pas autant les opérations de minage, puisque ces dernières fonctionnent à toute heure du jour et de la nuit. 

Square affirme qu’en intégrant le minage des cryptomonnaies, les installations solaires et éoliennes deviendront plus rentables, et donc plus attrayantes pour les investisseurs, de sorte que davantage d’installations de ce type seront construites. Cela rendrait à son tour l’énergie éolienne et solaire encore moins chère, encourageant ainsi une activité de minage de cryptomonnaies plus rentable et plus verte, créant un effet de volant d’inertie qui aboutit à une plus grande part de toute l’énergie provenant de l’énergie solaire et éolienne. Un récent rapport de recherche de CoinDesk montre que 39 % de l’énergie minière Bitcoin provenait de sources renouvelables en 2019, contre 28 % en 2018, ce qui suggère que ce processus est peut-être déjà en cours.

Les nouveaux entrants sur le marché des cryptomonnaies doivent aborder la question de l’impact environnemental

Toute personne qui investit dans les cryptomonnaies, qu’il s’agisse de consommateurs ou de grandes institutions financières, doit se pencher sur la question de l’impact environnemental. Il est important pour eux de garder à l’esprit non seulement les niveaux actuels de consommation d’énergie, mais aussi la façon dont les événements futurs peuvent influer leurs trajectoires, et si cette énergie peut provenir de sources renouvelables à l’avenir. 

À terme, les investisseurs et les mineurs de cryptomonnaies n’auront peut-être pas d’autre choix que de se mettre au vert. Le journaliste Daniel Kuhn, spécialiste des cryptomonnaies, a abordé ce sujet dans un récent article pour CoinDesk, en explorant la possibilité que les futures réglementations obligent les investisseurs à n’acheter que des cryptomonnaies extraites à partir d’énergies renouvelables. C’est déjà le cas dans certains endroits : un nouveau projet de loi présenté au Sénat de l’État de New York vise à interdire les centres de minage de cryptomonnaies jusqu’à ce que l’État puisse évaluer leur impact environnemental. 

Mais ce scénario n’est pas si simple à implémenter est plus facile à dire qu’à faire. Par exemple, alors que l’analyse de la blockchain pourrait théoriquement être utilisée pour retracer le parcours d’une somme et s’assurer qu’elle provient d’un mineur respectueux de l’environnement, les cryptomonnaies passent généralement par des services tels que les bourses qui mélangent et stockent des sommes provenant de nombreux services différents, de sorte que la source originale d’une somme ne peut être déterminée. De plus, les pools de minage responsables de la génération de la majorité des nouvelles cryptomonnaies s’appuient généralement sur plusieurs mineurs individuels répartis dans le monde entier et disposent de leurs propres ressources en puissance de calcul, ce qui rend difficile la vérification du fait qu’ils utilisent tous des énergies renouvelables. 

Cependant, peut-être que le marché va commencer à favoriser les bitcoins générés depuis des sources plus respectueuses de l’environnement. Compte tenu de la demande de bitcoins “verts” de la part des institutions en particulier, les bourses pourraient renforcer les processus de diligence raisonnable qu’elles appliquent déjà aux partenaires miniers afin de s’assurer que leurs opérations dépendent de sources d’énergie renouvelables. Le déploiement d’opérations et de contrôles écologiques pourrait devenir un avantage concurrentiel pour les bourses qui servent ces acheteurs et les mineurs qui fournissent des liquidités aux bourses.

Nous prenons au sérieux les critiques concernant l’utilisation de l’énergie par les cryptomonnaies et pensons qu’il existe des solutions convaincantes pour résoudre ces problèmes. Les investisseurs de leur côté, doivent effectuer leurs propres recherches et s’adresser à des experts en énergie verte et en cryptomonnaies pour décider de la marche à suivre.

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